• Pete Seeger - réflexions sur la musique

    Pete Seeger, ce grand nom de la chanson américaine nous a quitté récemment. J'avoue que je le connaissais peu bien qu'après avoir cherché des chansons sur des sites musicaux, je me suis aperçu que j'avais déjà entendu certaines chansons de lui comme celle-ci :

     

    Cet artiste, au fort engagement politique (il a par exemple soutenu Martin Luther-King) a écrit au début des années 70, un texte sur la musique et le risque que les médias de masse faisaient courir à sa diversité... Un texte qui a une quarantaine d'années mais qui est toujours d'actualité.

    Comme il est long, je vous le propose en plusieurs parties.

     

     "Chers ami, j'écris cette lettre à l'intention des jeunes gens qui, au dehors des Etats-Unis, sont fortement attirés par la musique folk et pop de ce pays. Je vous ai rencontré dans trente-quatre pays d'Asie, d'Europe, d'Afrique et d'Amérique Latine. Je vous ai rencontré dans les universités artificielles des grandes villes et des petits pays. J'ai vu vos yeux briller au son de ma guitare ou de mon banjo, ou à l'écoute des traductions des paroles intrigantes de mes chansons. Je vous ai vu taper du pied avec plaisir sur les tous derniers enregistrement de jazz ou de rock à succès.

    J'écris pour trois raisons. D'abord j'espère que vous n'aimez pas toute notre musique ; une partie d'entre elle représente la vie des travailleurs noirs et blanc luttant de toutes leurs forces pour survivre. Mais une autre partie représente les tentatives de la classe dirigeante américaine pour distraire les gens et leur faire oublier leurs problèmes. Une autre partie encore est une combinaison tellement subtile des deux éléments précités qu'il est presque impossible de les démêler.

    Deuxièmement, dans votre empressement à apprendre les styles musicaux venant de l'étranger, il y a un réel danger que vous oubliiez la musique de votre propre pays, l'ancienne comme la nouvelle. Certes, à mesure que change notre vie, nos goûts musicaux vont changer quelque peu. Mais il devrait être possible d'apprendre du neuf sans oublier complètement le vieux.

    Troisièmement, j'aimerais essayer de vous persuader, si vous voulez vraiment être des jeunes gens "modernes", d'écouter la musique de tous les pays, et pas seulement des Etats-Unis. Les savants suivent les découvertes dans le monde entier et sont attentifs à l'utilisation d'une bonne idée nouvelle. Les experts en nutrition cherchent autour du monde des variétés de plantes à cultiver. De même, dans quelques coins obscurs du monde, aujourd'hui même il peut exister un instrument ou un style de musique beau et expressif qui pourrait s'avérer exactement à votre goût. Pourquoi ne pas aider à le chercher ? Permettez-moi de pénétrer ces trois points plus en détail. Suivez-moi bien : c'est une question de vie ou de mort culturelle pour votre pays.

    Comment je définis la différence entre les musiques folk et pop ? Ne nous embêtons pas à en faire une histoire. Regardons le problème historiquement. Dans l'ancien temps, quand les hommes et les femmes vivaient de la cueillette, les gens ne connaissaient qu'une sorte de musique. Tous les hommes connaissaient les mêmes chants de chasse et les mêmes chansons de guerre ; toutes les femme connaissaient les mêmes berceuses. Puis l'humanité apprit l'agriculture. Une prospérité nouvelle entraîna l'ascension d'une forme d'aristocratie dans chaque pays où l'agriculture remplaçait la chasse. Cette aristocratie pouvait désormais se permettre de payer pour que des musiciens professionnels jouent pour elle. Ce fut la première musique de beaux arts. En Europe, cela conduisit finalement aux orchestres symphoniques dans les palais. En Inde, des sitaristes virtuoses jouaient des nuits entières. Au dehors, dans les huttes paysannes, les gens pauvres continuaient à fabriquer leur musique folklorique. Lorsque surgirent les villes, certains musiciens s'aperçurent qu'ils pouvaient gagner leur vie en faisant la manche sur la place du marché. Ce fut la première musique pop. Elle était moins élégante que dans les palais mais moins empreinte d'amateurisme que la plupart des huttes paysannes.

    Ainsi, la musique populaire a-t-elle pendant des siècles, occupée un terrain intermédiaire entre la musique des beaux-arts et la musique folklorique... Comme la principale mesure de succès était le nombre de pièces de monnaie récoltée, la musique populaire a tendu à évoluer plus rapidement, comme toutes les modes urbaines. Elle a toujours emprunté volontiers à la musique des beaux-arts et à la musique folklorique n'importe ou et partout, les styles à succès se voyant imités et colportés de ville en ville.

    Au XIXe siècle, la musique populaire américaine ne porta pas un très gros coup à la vie des populations laborieuses. Dix pour cent seulement de la population vivaient dans les villes. Les cow-boys de l'Ouest, les bûcherons venus d'Irlande, les mineurs venus du Pays de Galles, les esclaves afro-américains et bien d'autres populations laborieuses avaient tous des styles différentes de chansons et de danses? "j'entend chanter l'Amérique avec les divers cantiques que j'entends", écrivait Walt Whitman en 1850. Au milieu du XXe siècle, les cantiques ne sont plus divers. A cette date, quatre-vingt-dix pour cent des Américains vivent en ville. Quatre-vingt-quinze pour cent ont la télévision chez eux. Les arrières-petits-enfants des cow-boys, des bûcherons et des esclaves de tout à l'heure écoutent à peu près la même musique sur les réseaux de TV, tous contrôlés avec vigilance pour ne pas permettre les chansons qui pourraient remettre en cause le statu quo. Comment sont ils contrôlés ? Il n y a pas un personnage officiel de la TV connu en tant que censeur, mais chaque producteur de télé sait qu'une chanson "à controverse" peut entraîner des ennuis avec des annonceurs publicitaires ou d'autres. C'est l'une des raisons pour lesquelles moi-même et d'autres chanteurs avons eu du mal à passer à la télé depuis vingt-cinq ans.

    Ce qui est promu, c'est la musique populaire "respectable" de la classe dirigeante. Et maintenant, elle est promue autour du monde par les grandes firmes phonographiques, capable de vendre moins cher et de produire plus que le reste du monde, avec des milliards de petites rondelles en vinyl enregistrées, en vente en Amérique Latine et en Asie aussi bien en Europe. (suite prochain article)

     

     

    Bob Seeger - réflexions sur la musique

     


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  • Commentaires

    1
    Samedi 15 Février 2014 à 18:09

    J'aimais beaucoup Pete Seeger, j'ai appris beaucoup de ses chansons à la guitare étant jeune.

    bon week-end Marie, gros bisous!

    (j'ai remis ton lien ek sur ma page des blogopotes, as-tu gardé blogpost ou bien vas-tu le supprimer?)

    2
    Samedi 15 Février 2014 à 22:21

    oh ! ravie d'avoir un commentaire ici, merci Melo, j'ai du entendre Pete Seeger quand j'étais très jeune, je crois que la sélection des chansons étaient peut-être un peu plus variée que maintenant à la radio. Puis je l'avais complétement oublié.... Je garde quelques temps, le blog blogspot le temps que les gens notent bien le changement puis je vais le supprimer. J'ai déjà importé tous mes articles sur ekla/

    Passe un beau dimanche, bisous

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